Créations célèbres dans la Grange sublime

Le Théâtre du Jorat est inauguré en 1908 avec une œuvre de René Morax : Henriette

Le Théâtre du Jorat est inauguré en 1908 avec une œuvre de René Morax : Henriette.
Suivra Aliénor en 1910. Dès lors, le Théâtre du Jorat monte un spectacle tous les deux ans environ, sauf pendant les deux guerres mondiales. C'est ainsi que 15 œuvres seront créées entre 1908 et 1947.

Quelques œuvres sont restées célèbres, comme Le Roi David, texte de René Morax, musique d'Arthur Honegger (1921), et La Servante d'Evolène, texte de René Morax, musique de Gustave Doret (1937). Dès 1950, de nouveaux auteurs apparaissent : Jean Villard Gilles, Samuel Chevallier, Géo-H. Blanc, Jean-Daniel Bovey, Jean Anouihl, Henri-Charles Tauxe, Emile Gardaz – pour une Croix du Sud, en 1985, remarquable.

L’Opéra de Lausanne prend la clé des champs

En 1986, le TML Opéra de Lausanne, alors sous la direction de Renée Auphan, présente pour la première fois un opéra à Mézières, Le Couronnement de Poppée, un opéra baroque de Claudio Monteverdi, dans une mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser. Un triomphe, grâce auquel le Théâtre du Jorat se profile au niveau international. Le TML Opéra de Lausanne présentera ensuite, et très régulièrement, des opéras à Mézières - jusqu'en 1998.

En 1987, le comité nomme Jean Chollet, auteur et metteur en scène, à la direction du Théâtre. Une saison complète est mise en place chaque année, d'avril à septembre. Des accueils romands, mais aussi parisiens, ainsi que des créations, comme Le Bourgeois gentilhomme, de Molière (1988), César Ritz and Co, de Bernard Bengloan, dans le cadre du 700ème anniversaire de la Confédération (1991), puis Christophe Colomb, de Jean Naguel, Farinet, de Charles-Ferdinand Ramuz ou encore Zorba le Grec, de Nikos Kazantzaki. En 2008, pour le 100ème anniversaire du Théâtre du Jorat, Jean Chollet écrit et met en scène M. René et le Roi Arthur, qui évoque l'histoire de la Grange sublime.

Des anniversaires florissants

Depuis 2010, les créations se sont multipliées, en partenariat le plus souvent avec des institutions culturelles vaudoises et romandes, mais aussi avec des festivals et des fondations. L’une des plus marquantes a été Milonga, du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui, sur le thème du tango, en 2013. Cette coproduction avec Sadler’s Wells (Londres) et le Théâtre de Vidy (Lausanne) a ensuite tourné dans les salles du monde entier.

Depuis 2012, et tous les deux ans, l’Opéra de Lausanne lance sa Route lyrique à Mézières. Un cadre idéal également pour fêter des anniversaires : les 10 ans de la Camerata de Lausanne ou du groupe vocal Voxset, les 20 ans du groupe musical Boulouris 5, les 25 ans de Piano Seven, les 40 et 45 ans de Mummenschanz, les 100 ans de l’Association cantonale des costumes vaudois ou encore les 150 ans de la naissance d’Emile Jacques-Dalcroze !

Vagues d'émotions

Plusieurs créations pluridisciplinaires ont connu de vifs succès au Théâtre du Jorat ces dernières saisons, comme Musique en mouvement (en 2017), qui regroupait un quatuor de jazz, l’Ecole-atelier Rudra-Béjart et l’Orchestre de chambre de Lausanne, avec pour fil rouge la musique improvisée. Ou encore La Lutte finale (en 2018), du vidéaste Pierre-Yves Borgeaud et du chef de chœur Dominique Tille, mêlant groupe de rock, choristes et cinéma documentaire en direct sur la scène.

Enfin, de nombreuses représentations ont suscité une vague d’émotions particulièrement fortes, comme ce Requiem de Mozart théâtralisé, avec l’OCL et l’Ensemble choral de la Côte (2012), la première création sous son nom de Joseph Gorgoni (De A à Zouc, 2014), plus connu sous l’apparence de Marie-Thérèse Porchet, et cet Hommage à Gilles Vigneault (2016), en collaboration avec le Festival Pully-Lavaux à l’heure du Québec. Au printemps 2018, le Théâtre du Jorat a accueilli l’Ensemble vocal de Lausanne (EVL) pour un événement qui a marqué les esprits, les oreilles et les cœurs : deux Requiem le même soir, celui de Mozart, dirigé par Michel Corboz, fondateur de l’EVL, et celui de Brahms, dirigé par Daniel Reus, qui lui a succédé à la tête de cette prestigieuse institution.

En 2019, le feu d’artifice final de la saison a été allumé par la jeune chanteuse biennoise Phanee de Pool, en création avec Symphogramme, avec la complicité des 50 musiciens de l’Orchestre Amati de Lausanne. Dans une salle qui affichait guichets fermés, les spectateurs transcendés ont vibré de bout en bout du concert grâce à la fantaisie, l’originalité et le punch de cette nouvelle étoile de la chanson, qui mêlait ici slam, rap et musique classique. Une trajectoire fulgurante.

Michel Caspary
Directeur
Janvier 2020